Le bel Alcade
Il me disait, le bel Alcade :
« Tant que pendra sur la cascade
Le saule aux rameaux chevelus,
Tu seras, vierge qui console,
Et mon étoile et ma boussole. »
Pourquoi pend donc encor le saule,
Et pourquoi ne m’aime-t-il plus ?Romance espagnole.
Ma mère, ô bel Alcade, tendit de sa couche de douleurs la main vers moi ; cette main retomba glacée, et je ne m’arrêtai pas au seuil pour pleurer ma mère qui n’était plus.
Je n’ai point pleuré, ô bel Alcade, lorsque le soir, seule avec toi et notre barque errant loin du bord, les brises embaumées de ma patrie traversaient les flots pour venir me trouver.
J’étais, disais-tu alors dans tes ravissements, ô bel Alcade, j’étais plus charmante que la lune, sultane de sérail aux mille lampes d’argent.
Tu m’aimais, ô bel Alcade, et j’étais fière et heureuse : depuis que tu me repousses je ne suis plus qu’une humble pécheresse qui confesse en pleurant la faute qu’elle a commise.
Quand donc, ô bel Alcade, sera-t-elle écoulée ma source de larmes amères ? Quand l’eau de la fontaine du roi Alphonse ne sera plus vomie par la gueule des lions.