Poèmes Charles d’Orléans Ballades Dieu vueille sauver ma galée

Dieu vueille sauver ma galée

Dieu vueille sauver ma galée
Qu’ay chargée de marchandise
De mainte diverse pensée
En pris de Loyaulté assise ;
Destourbée ne soit, ne prise
Des robeurs, escumeurs de mer !
Vent, ne marée ne luy nuyse,
À bien aler et retourner !
À Confort l’ay recommandée,
Qu’il en face tout à sa guise,
Et pencarte lui ay baillée
Qui d’estranges pays devise,
Affin que dedens il advise
À quel port pourra arriver,
Et le chemin à chois eslise,
À bien aler et retourner.
Pour acquicter joye empruntée,
L’envoye, sans espargner mise,
Riche devendray, quelque année.
Se mon entente n’est surprise ;
Conscience n’auray reprise
De gaing à tort, au paraler,
En eur viengne mon entreprise,
À bien aler et retourner.

ENVOI

Prince, se maulx Fortune atise.
Sagement s’y fault gouverner :
Le droit chemin jamais ne brise,
À bien aler et retourner.