PoèmesRecueils Anna de Noailles L’Honneur de souffrir
Recueil

L’Honneur de souffrir

de Anna de Noailles ·1927 ·113 poèmes
Sommaire · 113 poèmes
1Ô toi qui n’es pas né, vous qui tous êtes morts 2Tu sais si je suis seule, ô toi qui m’as aimée 3Ils parlent ; ils ont tous le visage inquiet 4Naïvement, innocemment 5Ce n’est pas toujours vous qui me portez secours 6Le jour, hymne silencieux 7Quand je vois les esprits sans hauteur, sans colère 8Il convient que l’on appelle âme 9La pensée alanguie et les membres à l’aise 10Vanité, crainte, amour de soi 11Tu n’es plus ; je méprise, en le voyant survivre 12Le printemps naît subitement 13J’étais morte avec toi, retiens-moi dans ta tombe 14Des cœurs furent heureux le jour où tu es né 15À présent la vie est pour moi 16Si l’on songe à tout ce qu’on fit 17Les mots ne sont rien, mais les preuves 18Sages de tous les temps, de toutes les patries 19Quand vous êtes partis, muets 20Je chante. Un chant répond. Mais ce n’est pas l’écho 21Cela fut, et puis disparaît 22Vivre n’est pas un bien. Les clairs instants sont rares 23Chaque être souffrant seul croit qu’il a l’apanage 24Rien ne me touche plus, je me sens morte aussi 25L’ennui, l’affreuse peine admise, et que l’on tait 26En tremblant, mon regard descend 27Vous êtes mort un soir à l’heure où le jour cesse 28Vivre, permanente surprise ! 29Habitante éthérée et fixe des tombeaux 30J’ai su la vérité, j’ai vu tout ce qui passe 31La nuit, lorsque je dors et qu’un ciel inutile 32Nul lit, nulle chambre, nul toit 33Chaque matin m’accable et la couleur de l’air 34Ébloui, pur, minutieux 35Morts qui me fûtes chers, ne soyez pas jaloux 36Ils ont inventé l’âme afin que l’on abaisse 37Puisque mes yeux ont vu les lieux où tu reposes 38Ainsi la vie ample et savante 39Chaque jour j’entends qu’en silence 40Dans l’âpre solitude où tu vis désormais 41L’homme s’attache à l’espérance 42Jadis je m’aimais 43Les tombeaux. Tout l’oubli du monde épars 44Hier, j’ai traversé, comme je fais souvent 45J’ai tant souffert, je souffre tant 46J’ai regardé d’un œil content 47Il m’apparaît soudain que vous aimiez la vie 48J’ai quelquefois rêvé, travaillé, sans vous voir 49L’immobilité sous mon front 50Un arbre est sous mes yeux, épais, brutal, splendide 51J’ai, ce soir, entendu les appels du hautbois 52Je suis où tu es, nulle part 53Si ta voix m’avait dit : Demeure 54Univers, je t’ai regardé 55Je n’aurais pas été moi-même 56Ne te résigne pas à la douleur 57Tout posséder, pour mon esprit 58La femme, durée infinie 59Dans la douleur rien ne console 60Puisque jamais plus je n’écoute 61Ma jeunesse n’est pas dans mes chants intrépides 62Ô printemps, jeune passion 63Chacun de vous, un jour, a refermé la porte 64Passant, je te sais gré de l’extrême torture 65Dans cette infinité, dans cette plénitude 66Tout de toi me trompe : tu danses 67Je crois voir, entendre 68Silence, mouvement, arpège 69Le monde épars s’agrège, et d’un doux mouvement 70Sans t’aimer encor, j’aime encor ta voix 71Les morts qui m’ont aimée ont vaincu ta beauté 72Un univers inique abolit nos justices 73Mon histoire aux nombreux visages 74Lorsque la mort, succédant à l’ennui 75Je n’étais pas déraisonnable 76Le temps est bref, les jours sont lents 77Volupté : pleurs, sanglots, abîme, bonne mort 78J’aurais pu ne jamais connaître 79Si l’esprit survivait à la chair, je saurais 80En expirant j’entraînerai 81J’ai connu la fiévreuse et mordante détresse 82La chambre, volets clos, yeux clos, chères ténèbres 83Il faut que je dorme ou que j’aille 84C’est le jour tiède et mol où naissent les lilas 85Un subit désarroi court à travers mon sang 86La mémoire loyale et triste 87Quand j’aurai tout nié, l’azur encor m’émeut 88Des arènes de fleurs brillant auprès des portes 89Votre mort n’a pas été prompte 90Je n’avais jamais rien à dire 91J’ai bien servi le dieu sacré de la parole 92Que fait l’esprit dont l’homme a l’orgueil ? Nul ne sait 93Je songe à ta main longuement 94Quand on s’est emparé par amour, par puissance 95Puisque tu veux laisser survivre 96Tout est, et pourtant tout n’est rien 97Ils sont morts, et mon cœur, secret de ma raison 98L’enfance est une route ardue 99Chère ombre à qui je parle bas 100De qui pourrais-je dire 101La rue a ce matin les teintes délicates 102Lorsque déjà leur vie est affligeante et vaine 103De quoi t’ai-je, en ce jour, frustré, cœur endormi 104L’esprit net et le cœur hagard 105J’ai composé dans la souffrance 106Vivre, est-ce de subir un jour, et puis un autre 107La neige, d’une chute égale 108J’ai dormi, j’ai pendant quelques instants rejoint 109J’ai vu, soudain étrange, ingrate et sans mémoire 110Parfois un cri faiblit, nul ne le jette assez 111Être pâle, muet, immobile, absent, mort 112Qui se plaint du sommeil ? 113Le renom, les conseils sages et bons, l’amour